Etude d’une lame : La Roue de Fortune

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L'interprétation des symboles

1) Une roue à six rayons dont la circonférence est couleur chair et le moyeu rouge. Elle repose sur un socle jaune.

La roue représente traditionnellement l'Univers, le Cosmos ou la Terre. Ceci d'ailleurs alors que les hommes considéraient la Terre comme étant plate ou carré. La représentation graphique du monde était et est toujours circulaire. La roue contient. Comme le cercle, elle n'a ni commencement, ni fin. Aussi, elle symbolise le Tout. La roue solaire comporte six rayons alors que la roue lunaire en compte huit. On peut voir également ici une référence à l'Amoureux (arcane VI) et donc à la notion de choix. Peut-être que l'homme dispose de moyens d'interventions. Peut-être qu’il n'est pas aussi attaché à la roue qu'il le suppose. Nous aborderons longuement cette question lors du sens initiatique de l'arcane.

La deuxième notion que sous-tend le symbolisme de la roue est celle de mouvement. Il ne s'agit pas simplement de la rotondité de la forme, mais également du mécanisme qui l'anime : une roue tourne et se rattache en cela au mouvement perpétuel, à l'éternel recommencement. La circonférence, sur laquelle se trouvent les animaux, est couleur chair pour signifier la place qu'occupe l'homme au niveau de la roue. Il n'est pas au centre mais à la périphérie. S'il constitue un élément fondamental de la roue, une partie intégrante du monde, il n'en demeure pas moins soumis aux aléas du mouvement. Le symbolisme de la circonférence spécifie bien la position de l'être humain à l'opposé du milieu.

2) Trois animaux étranges, portant des vêtements, sont maintenus sur la roue.

Pour la première fois des animaux apparaissent dans une des images du Tarot. On retrouve également, et entre autres, des représentations animales dans la Force et le Monde. Or la Roue de Fortune (10) + la Force (11) = le Monde (21). Nous reviendrons ultérieurement sur ce point. Pourquoi avoir dessiné des animaux et pas des hommes ? Certainement pour signifier que le mouvement de la roue concerne tous les êtres de la création et pas uniquement l'homme. D'autre part, l'animal, dans sa valeur archétypale, incarne les couches profondes de l'inconscient. Il se rattache à la libido, aux pulsions du Ça, aux désirs.

Ces trois animaux sont de conception surréaliste. Ils ne sont pas identifiables mais semblent composés d'un mélange de différentes espèces, associées en un curieux assemblage. Ce ne sont donc pas véritablement des animaux, ou plutôt, ce ne sont pas que des animaux. Ils incarnent un autre principe : celui de la totalité. En eux se retrouvent tous les êtres de la création.

En dernier lieu, ils sont habillés et se vêtir est un comportement spécifiquement humain, ce qui évoque une proximité des animaux enchaînés à la roue avec l'homme. L'homme et l'animal sont égaux dans leur soumission à ce perpétuel mouvement. Si on considère la roue comme symbolisant le temps, ou encore les saisons, tous les êtres subissent les mêmes rythmes. Il y a conformité des expériences.

Ces animaux sont au nombre de trois. Encore une fois, le ternaire est mis en évidence, parce que le temps (passé, présent et avenir) et l’espace (longueur, largeur et hauteur) comportent trois séquences. La roue est Une, et Un se compose de Trois. Le ternaire marque le retour à l'unité, d'où le symbolisme du triangle : deux points séparés dans l'espace (la base) se rejoignent en une troisième point situé plus haut (le sommet). De la même manière, les trois animaux sont disposés en triangle. Il y a donc insertion d'une forme triangulaire dans un espace circulaire. Les deux conceptions, occidentale et orientale, s’interpénètrent.

La tradition occidentale, et surtout la société contemporaine, définit le monde par une forme pyramidale, dont il faut s'efforcer d'atteindre le sommet ; tout autre est la position orientale qui définit le monde de manière sphérique.

Dans la Roue de Fortune, les trois phases sont présentées :

  • la phase ascendante, avec le chien jaune qui monte,
  • la phase d'équilibre, avec le sphinx bleu aux ailes rouges,
  • la phase descendante, avec le singe chair qui descend.

On pourrait définir ces trois phases selon le modèle hindou :

  • le principe constructeur (Brahma),
  • le principe conservateur (Vishnu),
  • le principe destructeur (Shiva).

Ou en référence au temps :

  • la jeunesse,
  • la maturité,
  • le déclin

En fait, tout système se définit à partir de ce rythme ternaire.

3) A droite, une sorte de chien jaune monte.

Le chien jaune constitue la phase ascendante. Sa couleur montre à quel point cette dernière est valorisée. L'homme pense se rapprocher de Dieu puisqu'il s'élève. Mais cette élévation spatiale, c'est-à-dire matérielle, physique ou sociale, n'a rien de commun avec une élévation spirituelle. Un bandeau entoure les oreilles du chien parce que, tout occupé à monter, à gravir les échelons, l'homme n'écoute plus, n'entend plus ceux qui pourraient évoquer sa future chute. Il n'est plus réceptif aux rythmes universels.

4) En haut, un animal bleu, dont la tête est couronnée, et qui tient une épée rudimentaire.

L'animal du haut présente la même indétermination au niveau de sa nature. De nombreux auteurs l'identifient au Sphinx ; il en possède en effet certains aspects : l'attitude physique, les ailes, les pattes de lion. Cependant, on peut reconnaître également dans cette figure mythique une sorte de diablotin, ressemblant étrangement à l'incarnation du Diable de l'arcane XV. Ce paradoxe graphique peut s'expliquer comme concrétisant l'opposition entre l'évolution perçue (Sphinx) et l'évolution réelle (Diable). Certes, la place qu'il occupe constitue une position enviable pour l'homme. Elle symbolise les sommets, c'est-à-dire l'ère victorieuse de la réussite totale, de l'apogée, du triomphe parfait. Toutefois, une roue comporte-t-elle un sommet ? Non. Sa symbolique n'admet pas les idées de haut et de bas. Du moins, le haut et le bas ne sont que des mirages puisqu’ils bougent sans cesse et n’existent par conséquent que dans l’esprit des hommes et non dans la réalité.

L'animal bleu s'imagine avoir atteint les hautes sphères. Du fait que sa position actuelle le porte au sommet, il est persuadé avoir dépassé la triste condition humaine. Mais cette attitude mentale est erronée et illusoire car elle dénie l'existence d'un principe dynamique. Si tout est mouvement, comment peut-on se maintenir éternellement, ou tout au moins longuement, en un point déterminé ? Si le chien jaune illustre l'ambition humaine, le Sphinx bleu s'identifie à la présomption humaine : mécanisme psychique qui induit l'homme en erreur. Aussi, tout est illusion dans ce personnage. La couleur bleue revêt une signification négative, elle n'est plus spiritualité mais désir d'être au-dessus, expression d'une volonté de supériorité. De même, la couronne, emblème du pouvoir, prend sens comme l'attribution arbitraire et fantasmatique d'une autorité sur les autres. Elle devient l’attribut de la domination. Enfin, l'épée, par sa forme extrêmement rudimentaire (absence de pommeau) signale la mauvaise utilisation des facultés psychiques. Car, si l'esprit permet une évolution positive et constructive, comme chez la Papesse, il peut à l’inverse être une cause de perdition, si les énergies mentales sont mal exploitées.

5) A gauche, un singe couleur chair descend.

La phase descendante est matérialisée par un animal s'apparentant à un singe. Celle-ci représente la période la plus redoutée, assimilée à l'échec, à la chute, à la régression. Sans doute est-ce pour cette raison qu'elle est symbolisée par un singe couleur chair. Le singe tire son symbolisme de sa grande agilité, comparée à celle du mental. De la même manière, que le singe saute de branche en branche, la conscience fluctue sans cesse, allant d'une idée à l'autre, évoluant d'une représentation à l'autre, sans repos. Or, l'agitation mentale produit fatigue, stress, doute, tourments et, s'oppose à la concentration des énergies vers un seul but ou un unique point. L'être humain, après avoir, tout du moins sur un plan idéologique, accéder aux hautes sphères, retourne à un état sous-valorisé et craint. Il redevient homme parmi les hommes.

6) La roue comporte une manivelle blanche.

La manivelle est étudiée dans le sens initiatique.

 

Le nombre

C'est le 10.

Par excellence, la décade exprime les notions cumulées de fin et de commencement. Elle décrit parfaitement le perpétuel mouvement que concrétise d'une manière graphique la Roue de Fortune.

Le dix est achèvement d'un cycle et ouverture d'une nouvelle ère. Plus précisément, il est retour au point de départ, rappel constant de l'origine. Il est Un et Multiple et c'est pour sa grande portée que Pythagore en avait fait son nombre emblématique. La condition du dix est de redevenir un, tout comme la condition de l'homme est de retourner d'où il est venu.

Le dix forme un rythme répétitif, dont la cadence régulière et continue s'assimile à la musique harmonique de l'Univers. Telle la nature, il est succession permanente de morts et de renaissances.

 

Le nom

Définition du Larousse : « Roue de la fortune : dans les anciennes loteries, roue creuse, en forme de tambour et qui contenait les numéros devant désigner au sort les gagnants (on disait aussi roue de fortune). »

La Roue de la fortune ou Roue de fortune était extrêmement répandue dans l'art graphique et pictural du Moyen Age. Le destin était conçu sous cette forme particulière : la roue supportait des hommes ou des animaux, ou encore des caricatures, dont le nombre variait selon les représentations. Elle fut ensuite assimilée à la loterie et, par extension, aux jeux de hasard.

D'autre part, et antérieurement, Fortuna, déesse romaine du Hasard, identifiée à la Tyché grecque, apparaissait sous les traits d'une femme tenant une roue. Si le terme fortune est rattaché, dans la majorité des consciences, à la notion de richesse, son acception initiale était pourtant neutre. La fortune (du latin, fortuna) correspondait à une puissance distribuant les biens et les maux. « Comme une roue la Fortune tourne en cercle » écrivait Sophocle.

Quant au symbolisme de la roue, en tant que représentation de l’univers et du monde (la Rota Mundi des Rosicruciens), la roue rappelle l’importance de gagner le centre (le nombril), puisque le moyeu, d’où part le mouvement, est l’élément de la fixité. Ainsi, l’éternité peut être conquise en passant de la circonférence au centre ; principe enseigné dans toutes les écoles philosophiques orientales et occidentales. L’homme doit cheminer le long des rayons pour passer des mouvements amplifiés et brutaux (circonférence) à la plénitude intérieure (centre). L’évolution est progressive et nécessite, selon la tradition bouddhiste, plusieurs vies. C’est pourquoi le cycle des renaissances est, lui aussi, symbolisé par la roue : la Roue de l’Existence ou Samsara.

L'association de ces deux termes (roue et fortune) redouble l'incertitude et l'ambiguïté sous-jacentes. Par conséquent, l'arcane X, par son nom, évoque la Vie, avec ce qu'elle comporte d'indéfinissable, de mystérieux et de magique, avec ses successions de joies et de peines, avec ses bonheurs et ses douleurs.

 

Le sens initiatique

La Roue de Fortune est une lame extrêmement riche et complexe. Elle repose sur deux principes : l'un passif, résidant dans sa valeur descriptive, l'autre actif, résidant dans sa valeur interprétative. Elle illustre de manière symbolique le fonctionnement de toutes choses, le mécanisme sur lequel s'articule tous les phénomènes. Elle incarne à elle seule le Cosmos, l'Univers, la Vie ou encore le Temps. Elle est la Roue de l'Existence, principe incarné par la notion orientale de Samsara. Elle est l'expression du rythme immuable et continu des cycles naturels. Elle est cette succession de hauts et de bas, de joies et de peines, de réussites et d'échecs.

De toutes les formes géométriques élémentaires, le cercle est le seul à revêtir un caractère dynamique. Plus encore, si on analyse la symbolique de la roue, on prend conscience de la neutralité de son mouvement. Une roue tourne.

Deux idées sont ainsi soulevées :

  • la première est celle concernant la définition spatiale qu'elle propose. Lorsqu'elle tourne, la roue produit une inversion de l'ordre des choses : ce qui était en haut se trouve alors placé en bas, et ce qui était en bas, sous l'effet de la rotation, s'élève. Ou plus précisément, il y a disparition de ces concepts purement spéculatifs car il n'y a ni haut, ni bas ;
  • - la deuxième est celle se rapportant à l'inutilité du mouvement puisqu'il n'y a pas réalisation d'un déplacement. On rejoint ici le sentiment que peut avoir l'homme quand il prend conscience de l'inexorable retour des choses. Ce qui sans doute illustre le mieux cet éternel recommencement réside dans le rythme de la nature, comme l’immuabilité des saisons.

Au symbolisme de la roue est attaché celui du triangle, matérialisé par les trois animaux. Deux conceptions sont ainsi juxtaposées : la première (celle de la roue) est plutôt orientale ; la seconde (celle du triangle) est plutôt occidentale. En effet, la tradition occidentale, dans la pensée chrétienne, propose une représentation pyramidale de l'Existence et du parcours de l'homme. Il s'agit pour ce dernier de monter. Pour preuve, il suffit d'évoquer le vocabulaire (tant religieux que profane), qui évoque l'ascension, l'élévation, le sommet, les échelons. Dieu et le Paradis sont figurés en haut, au ciel (pôle idéal).

Cette vision ascensionnelle des choses est aussi bien spirituelle que sociale. Dépasser sa condition, c'est évoluer de la base au sommet. Non seulement, on passe du bas vers le haut mais, en plus, on progresse de la quantité vers la qualité. Il y a là une notion de sélection. Plus on monte, plus le nombre se restreint pour des raisons tant géométriques (forme du triangle) que conceptuelles (peu d'élus). Seulement, cette définition exclut la notion de mouvement. Elle repose sur un modèle rigide et statique. Pourtant tout est mouvement, à commencer par le Temps : chaque être est appelé à naître, à croître et à disparaître, au moins dans sa réalité physique. Tout bouge constamment, la vie est mouvance. Elle s'oppose sans cesse à l'immobilisme. La pensée chinoise, avec son célèbre Livre des Transformations (Yi King) rappelle ce flux et ce reflux constants.

La mythologie grecque nous donne un excellent modèle de cette représentation spatiale et philosophique avec le célèbre mythe de Sisyphe. Le héros doit sa renommée au supplice qui lui a été réservé par Zeus. Les légendes divergent quant à la raison de son infortune posthume mais la définition de la torture à laquelle il est soumis reste la même selon toutes les versions.

Sisyphe, en tant que simple mortel, avait usurpé ses droits et donc manqué de respect aux divinités. A sa mort, il fut envoyé dans le Tartare, lieu de toutes les tortures. Là, il fut condamné à rouler un énorme rocher sur le flanc d'une montagne jusqu'à ce qu'il atteigne le sommet. Malheureusement, mais en toute logique, dès qu'il était arrivé en haut, le rocher roulait jusqu'en bas. Il ne restait plus au pauvre Sisyphe qu'à redescendre pour de nouveau pousser tant bien que mal son rocher jusqu'au sommet et ceci pour l'éternité.

Tous ceux, des philosophes aux écrivains, qui se sont penchés sur le mythe de Sisyphe, y ont vu l'illustration de la condition humaine. L'homme s'évertue à monter : c'est-à-dire à accroître ses biens, à accéder à une reconnaissance sociale, à fonder un couple ou une famille parfaite, en oubliant que rien n'est jamais définitivement acquis, et donc que succède à l'apogée, le déclin. Le mythe montre à quel point s'élever est difficile (il faut pousser le rocher). Il met en évidence la somme de travail, la quantité d'efforts et la prodigieuse volonté qu'il faut pour parvenir au sommet. A l'opposé, il met l'accent sur la rapidité et la facilité avec laquelle tout se défait (accélération lors de la descente).

La Roue de Fortune reproduit la même symbolique : c'est-à-dire l’existence des trois phases, telles que définies dans les consciences humaines, associées à la notion de mouvement perpétuel. Ceci constitue ce qu'on peut appeler la partie visible de l'iceberg. Il suffit de regarder la carte pour repérer ce double concept (roue + triangle). Cependant, par une observation plus accrue, on s'aperçoit de la présence de certains éléments qui indiquent les différents moyens d'action possibles.

On prend conscience avec la Roue de Fortune, comme avec le mythe de Sisyphe, de l'absurdité du comportement humain. Ces deux modèles métaphoriques traduisent l'impossibilité d'élire une position et de s'y maintenir éternellement. Ils défendent le principe selon lequel tout est changement. Et l'homme, dans son désir de confort, s'oppose à cette puissante dynamique. Cette attitude est source de douleur car elle suppose un manque de préparation au mouvement. Aussi, l'arcane X ne fait pas que situer l'individu dans l'univers, il dispense également un enseignement silencieux et subtil sur les possibilités d'action de l'homme sur ce perpétuel mouvement. Selon mon analyse de l’arcane, ces moyens sont au nombre de trois. Deux représentent des interventions illusoires, tentantes mais inefficaces, un seul est adapté.

Le premier de ces moyens d'action est représenté par le Sphinx bleu. Il symbolise l'apogée, c'est-à-dire l'étape finale, au regard de l'homme. Il n'empêche que, du fait de la rotation de la roue, il ne pourra conserver durablement sa place. Seulement, comme tout être placé au sommet, l'animal refuse le changement qui, de son point de vue, ne peut être que négatif. A cet effet, il est placé sur une plate-forme ; ceci signale son désir de maintien et de conservation de sa situation actuelle. L'homme cherche à s'installer alors qu'il lui faut continuellement bouger. Sisyphe ne s'arrête jamais car quand il est en bas, il n'aspire qu'à monter (même s’il a déjà fait l'expérience de la chute) et lorsqu'il atteint le sommet tant espéré, il se voit contraint de redescendre. L'homme ne connait jamais de repos, tant qu'il poursuit ce désir d'ascension. D'autre part, l'immobilité est inconciliable avec la vie. S'attacher à une plate-forme, c'est vouloir arrêter le mouvement et arrêter le mouvement : c'est mourir. C'est pourquoi, ce premier moyen d'action peut être défini comme la mort réelle (« je préfère me suicider que perdre ma position »). Par ailleurs, le sphinx bleu est pourvu d'ailes rouges (profondément actives donc) : celles-ci représentent la possibilité de s'envoler. Mais quitter la roue, c'est quitter l'univers et c'est donc là encore mourir. Les ailes symbolisent la mort symbolique, parce qu'elles sont synonymes de fuite, de perte du sens des réalités. C'est la voie de l'imaginaire. L'esprit se dissocie du corps. Il s'agit ici de rêver, fantasmer, imaginer et non plus de vivre. Ce comportement mégalomaniaque nie la réalité, qui fait que tout bouge constamment, parce qu'elle ne peut être tolérée (« mon compagnon est parti, mais je nie la réalité et considère qu'il est toujours là ; je refuse le changement et je préfère vivre dans ma tête que dans le monde incertain »). Le sphinx incarne ainsi la voie de l’exclusion que choisit consciemment ou inconsciemment celui qui n'accepte pas de descendre.

Le deuxième moyen d'action est représenté par la manivelle. En effet, la roue comporte une manivelle blanche. Actionner la manivelle, c'est imprimer son propre rythme à la roue, c'est-à-dire essayer de contrôler le mouvement des situations, des événements ou encore du temps. C'est faire le choix d'une attitude active. Ne pas se soumettre passivement mais au contraire devenir soi-même le moteur de toutes choses. Refuser de subir en s'instaurant décideur du mouvement. C'est la voie de la force. Mais là encore, une telle attitude est illusoire car l'homme ne peut réduire le monde à sa seule volonté. Son désir de toute-puissance traduit l'incompréhension des mécanismes subtils qui régissent l'univers. Contrôler la roue, c'est l'empêcher de descendre, donc implicitement l'arrêter. Comme exemple, on peut citer le refus de vieillir (ne pas accepter la loi des choses, le mouvement du temps) et pour s'opposer aux marques du temps, le recours à la chirurgie esthétique. Or, même si cette dernière a un pouvoir, il n'intervient qu'à la surface et non en profondeur. Il agit au niveau de l'image (c'est-à-dire de l'enveloppe extérieure) et non au niveau de l'être. Vouloir contrôler la roue, ce peut être aussi rechercher l'autorité absolue, vouloir tout soumettre à sa volonté. La société moderne favorise une telle attitude. Elle met à la disposition de l'individu des systèmes d'assurances, de garanties de toutes sortes, qui ne font qu'exalter encore plus cette pulsion inutile.

Le troisième moyen d'action n'est pas vraiment visible dans la Roue de Fortune mais il est suggéré par le symbole lui-même. Si les occidentaux adoptent un système de représentations ascensionnelles, les orientaux substituent à la notion de sommet, celle de centre. C'est la voie du milieu. Plutôt que de vouloir atteindre une hauteur qui n'a pas de réalité physique, il s'agit d'entrer au cœur du système. Plutôt que de s'opposer aux rythmes, il s'agit de se fondre dedans. Plutôt que de dépenser son énergie en une lutte vaine, il s'agit d'accepter. L'acceptation de ce perpétuel mouvement n'est pas soumission mais compréhension. La vie est éternel changement. Refuser le changement, c'est choisir de mourir (physiquement ou mentalement). Ce mouvement est en soi neutre et c'est l'homme qui le charge d'émotions positives ou négatives. La définition d'un système de valeurs subjectives fait que l'individu – et la société dans son ensemble – associe des notions de bonheur ou de malheur aux rythmes : croître ou grandir est positif, décliner ou vieillir est négatif ; gagner ou s'enrichir est positif, perdre ou s'appauvrir est négatif, et ainsi de suite. Cependant, d’un point de vue philosophique, rien n'est bon ou mauvais, simplement tout est utile. Au printemps, la nature s'éveille, les arbres fleurissent, les plantes poussent, les récoltes commencent ; pendant l'hiver, la nature sommeille, plus rien ne pousse car la nature se repose pour pouvoir mieux éclore plus tard. Le printemps n'est pas plus positif que l'hiver : tous deux sont nécessaires. Il n'y aurait pas de printemps sans hiver. Il en va de même dans l'existence de l'homme.

Elément fondamental, et indissociable du cercle dans la symbolique, le centre est en rapport avec l’unité primordiale, le cœur, le noyau, le nombril. Il est le lieu sacré où se concentrent les énergies matérielles et spirituelles. Il est le dedans opposé au dehors, l’essence opposée à l’enveloppe, l’âme opposée au corps

C'est pourquoi, dans la tradition orientale, l'attitude fondamentale (c'est-à-dire celle qui réduit la souffrance et permet la paix intérieure) est de trouver le centre. Selon la symbolique de la roue, les êtres sont enchaînés à la circonférence, donc à la partie la plus éloignée du centre. A ce stade, ils ressentent avec force et douleur les différents temps d'ascension, d'équilibre et de déclin. Entrer au cœur du système, c'est s'approcher progressivement du centre, pour finalement l'atteindre. La roue continuera à tourner de la même manière et selon les même règles mais les différences seront abolies car l'amplitude se réduira progressivement.

 

Le sens psychologique

La Roue de Fortune incarne la répétition du même. Au plan psychologique, elle s'apparente au retour constant des mêmes scénarios, des mêmes attitudes, des mêmes situations qui font que l'individu se sent enchaîné, comme prisonnier d'une spirale infernale. Là encore, de même que dans la dimension initiatique de l'arcane, cette succession répétitive engendre de la souffrance ou en tout cas de la lassitude. De nombreuses personnes ont ce sentiment de toujours recommencer les mêmes erreurs (mise en échec de la relation affective, se replacer dans une situation professionnelle que l'on avait pourtant fuie auparavant, etc.). En fait, tant que la personne ne remonte pas à l'origine, c'est-à-dire au cœur ou au centre de l'événement, il se reproduira avec la même régularité. Il s'agit d'une nécessaire prise de conscience, d'une reconnaissance des mécanismes psychiques. La différence, entre le sens psychologique et le sens initiatique de la Roue de Fortune, réside non pas tant dans le principe qui est représenté que dans l'application de ce principe. Sur le plan psychologique, il s'agit de la roue individuelle : des rythmes propres à la personne en fonction de son attitude et de son degré de prise de conscience.

 

Le sens divinatoire

A l’endroit : la dixième lame définit un changement progressif et naturel qui s'établit dans la continuité des choses. Elle s’articule autour des notions d’évolution, de progression, d’amélioration générale.

A l’envers : la lame produit inertie, absence totale de mouvement et elle conduit à la stagnation, voire à la régression. Elle marque un temps d'arrêt. La patience est nécessaire.

 

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